Depuis que j’ai commencé mon travail sur les animaux pyrénéens, je n’avais pas encore représenté le plus emblématique d’entre eux. Il est aux Pyrénées ce que le chamois est aux Alpes, (ils sont d’ailleurs cousins) en plus léger et son pelage comporte davantage de variations de couleurs notamment des bandes plus sombres qui ornent son cou. Le dessin en silhouette d’un isard apposé sur les rochers a servi pendant longtemps à baliser l’entrée sur le territoire du Parc National des Pyrénées. Sa grâce n’a d’égale que son agilité et si on peut l’apercevoir assez facilement, il est bien difficile, en revanche, de l’approcher, et de l’observer à souhait.
Ma base de travail est cette première photo un peu floue prise dans un parc animalier du versant espagnol des Pyrénées. Proche de son milieu naturel, ce jeune isard conservait sa fierté, fuyant l’objectif, protégé jalousement par sa mère. Voici donc un portrait qui lui est consacré, sur une planche de tilleul de 18 x 24 cm. Après avoir dessiné les contours, j’ai modifié un peu son œil par un reflet et en rajoutant du blanc de chaque coté de la pupille. À l’aide d’un papier graphite, j’ai transféré le dessin sur la planche. Le papier graphite donne le même résultat que le papier carbone mais, contrairement à ce dernier, il peut s’effacer assez facilement. Le marquage au papier carbone ne part pas du tout avec une gomme, et encore moins après le passage du pyrograveur qui semble incruster la couleur dans le bois.
Une fois le dessin reporté sur la planche, je prépare mon plan de travail en gardant à vue les photos de l’isard qui me serviront de référence tout au long du travail. J’ai prévu d’utiliser en alternance trois stylo graveur, que je garde à portée de main avec le nettoyeur de pointes que l’on voit sur la photo. |
Je commence le tracé avec la pointe d’écriture standard (F9S), l’objectif étant de repasser tous les traits, pour pouvoir effacer le crayon graphite rapidement et éviter ainsi de salir la planche. J’en profite pour délimiter les parties plus sombres, en orientant les traits de remplissage dans le sens du relief pour donner une impression de volume.
J’efface ensuite soigneusement tous les restes de tracés crayonnés pour mieux voir le résultat et pour que la planche reste le plus propre possible. Maintenant, il est temps pour les choses sérieuses… Le rendu du pelage d’un animal est toujours un exercice intéressant, nécessitant une bonne mesure d’observation et de patience. La technique est souvent à remettre en question, car chaque toison diffère d’une autre et change parfois avec les saisons. L’uniformité n’est pas de mise dans la nature. Il est utile de bien étudier l’implantation pour obtenir une image réaliste. Généralement, les poils se recouvrent en suivant le relief du corps, les uns sur les autres, jusqu'au départ de la queue. J’essaye de suivre cette méthode lors du dessin pyrogravé, en superposant aussi les traits du départ et jusqu’à la fin (ici, jusqu’à la base du cou). Deux endroits sont plus ”brouillons“ ici : la partie haute en arrière de la tête, entre les deux oreilles ainsi qu’au niveau de la naissance des cornes.
Je commence par les zones sombres pour pouvoir évaluer l’intensité que je vais obtenir (elle change en fonction du bois) et pour pouvoir m’adapter ensuite sur les parties plus claires. Cela peut paraître déroutant quand on connaît le travail en couleur où le processus est exactement inverse.
Ici, pas de miracle : chaque poil doit être tracé, un par un ! Je vais assez vite en augmentant la température, mais je veille à ne pas adopter de mouvements systématiques pour éviter un effet trop bien “peigné”.
Il est important de toujours garder à l’esprit, lors du remplissage, que chaque trait doit être courbé, parfois aussi en forme de S largement ouvert. Les points laissés par l’excès de chaleur au début des traits contribuent à donner un semblant d’épaisseur à la base du poil.
Je change de pointe avec le HD5SP pour assombrir, sans traits, le dessus du museau. Je l’utilise aussi pour teinter légèrement la partie basse de la mâchoire, par petites touches, pour simuler le pelage. Je me sers aussi d’une autre pointe en forme de petite lame (F7S) pour le duvet plus fin également autour du museau. Je reviens ensuite avec la pointe F9S pour finaliser l’ensemble. Le plus dur est fait. Je prends un peu de recul de façon à avoir un regard neuf avant d’apporter les dernières retouches. Je m’aperçois souvent des défauts dans un deuxième temps. En l’occurrence, j’ai corrigé cette image très légèrement, par petites retouches, pendant les trois jours suivant sa réalisation.
C’est terminé, il faut maintenant protéger avec un vernis acrylique en deux couches, dessus et dessous, pour éviter les différences de tensions dans le bois.
Si ce portrait vous plait, vous pouvez le réaliser vous-même avec le matériel d’instruction élaboré au cours de ce travail. Voir le Kit Modèle Jeune Isard, disponible dans la boutique du site. |
Un essai de mise en couleurs Cela fait déjà plusieurs semaines que je pense à mettre en couleur ce tableau pour pouvoir le faire encadrer et l’offrir ensuite. Je n’avais pas l’intention de le colorer au départ, mais à force de le regarder, je pense que cela devrait ajouter un peu plus de profondeur à cette image. Et puis, comme j’ai le guide avec ma propre méthode (celui du kit) sous la main, je serais toujours à temps de recommencer la pyrogravure si jamais l’affaire tourne mal.
J’avais déjà passé trois couches de vernis acrylique anti-UV en recto verso lors de la fin de la pyrogravure, je peux donc peindre directement sur la surface ainsi protégée. Je n’ai jamais essayé, mais je déconseille vivement de tenter la même chose directement sur le bois sans protection.
Comme cela fait un certain temps que j’y pense, je visualise bien les couleurs que je veux ajouter. Je souhaite les limiter et rester le plus possible dans des teintes naturelles. Je commence par le blanc (je sais, ce n’est pas logique dans une démarche de peinture…) en me concentrant sur l’œil et son reflet.
J’utilise toujours des couleurs acryliques (ici du blanc de zinc) avec un diffuseur acrylique et beaucoup d’eau pour garder un maximum de transparence. Je souhaite juste teinter le bois et ne pas couvrir pour conserver la vision des fibres au travers de la couleur. Je poursuis donc mon ajout de blanc sur toutes les zones que je souhaite éclaircir. Cela nécessite parfois plusieurs passages.
Comme on peut le voir sur certaines images, je garde en référence ma photo de base (celle de la couverture du guide). Concernant les pinceaux, je travaille sur cette image avec des petites tailles, un en forme de langue de chat de taille 4 et un de forme classique de taille 2.
Après les touches de blancs, je fais plusieurs mélanges de couleurs que je vais passer légèrement pour accentuer les ombres et les contrastes tout en apportant des nouvelles teintes proches de celles de la photo. J’ai renforcé également l’œil, le museau et la bouche avec du gris de Payne. Voici toutes les couleurs acryliques nécessaires pour réaliser cette image : blanc de Zinc, gris de Payne, jaune d’or transparent, brun van Dyck, brun oxyde transparent et terre d’ombre naturelle.
Aux différents mélanges, j’ajoute toujours du diffuseur et de l’eau avec pour objectif de garder la transparence et aussi pour ne pas avoir de teintes trop violentes. Au final, je suis plutôt satisfait du résultat, je pense que la pyrogravure qui constitue la trame base de cette image se trouve valorisée par l’ajout de couleurs. Le seul reproche que je lui fais : il me semble que le poil est plus « en bataille » que sur la précédente version, mais cet effet n’est pas forcément désagréable. Après tout, c’est un animal sauvage, il n‘est pas supposé être toujours bien peigné…
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