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 Calligraphie sur bois


Villages en vallée d'Ossau

Entraîné par mon ami Paul Jacquin, j’ai eu l’occasion il y a déjà quelques années, de faire un stage de Calligraphie. Cette initiation était animée par Bernard Arin et Claude Mediavilla au scriptorium de Toulouse ; il m'en reste un excellent souvenir.

J’ai gardé le goût de cette forme d’art par la suite en pratiquant de temps à autre dans les années qui ont suivi.
 
L’arrivée de l’informatique dans le métier de graphiste m’a éloigné de cette pratique, mais je n’ai jamais abandonné l’idée de m’y remettre un jour. Cela fait donc déjà un bon moment que j’ai envie d’essayer la calligraphie sur bois, ayant repéré des pointes dédiées à cette forme d’écriture chez Razertip.
 

La Bible, Psaume 23

J’avais déjà réalisé quelques panneaux pyrogravés en dessinant des lettres sur le bois et en remplissant les formes, mais je n’avais pas encore essayé de tracer de lettre directement, comme cela se fait sur du papier avec une plume et de l’encre.

Pour ce travail, je me suis basé sur le dessin de l’écriture de Chancellerie. Vu le peu de marge d’erreur possible sur le bois, j’ai préféré passer du temps sur la mise en place du texte au préalable…
Au final, la composition lettre par lettre (sur ordinateur) m’a pris un temps inavouable, mais j’ai obtenu une solide base de travail. Je pourrai m’en servir de nouveau si je ne suis pas satisfait du résultat, ce qui risque fort d’être le cas vu mon manque de pratique.

A un art ancien, sur une matière noble comme le bois, il me fallait un texte en rapport. J’ai choisi le Psaume 23 de la Bible, probablement le plus connu, mais dans une traduction en anglais ancien peu utilisé de nos jours (version King James 1611).
Sans doute à cause d’une enfance marquée par un séjour au Canada, j’aime ce texte dans cette forme pour sa puissance d’évocation. La beauté de ces paroles traverse le temps et incite à la quiétude et à la réflexion ; dans notre époque agitée ce n’est pas inutile.

 
L’outil principal pour ce travail est donc une pointe de calligraphie, référence F6SB.


Pointe Razertip F6SB

La planche de tilleul choisie a été longuement et soigneusement poncée, elle mesure 65 cm de hauteur et 36 cm à la base. Elle n’est pas rectangulaire et la mise en place du texte n’est donc pas facile, le sens vertical du bois interférant visuellement avec l’inclinaison de l’écriture. Comme on peut le voir sur l’image, où j’ai déjà reporté la première ligne du texte, la planche est très légèrement concave (la perspective accentue la déformation sur la photo). 


Planche de tilleul

J’ai choisi de ne pas tracer trop de lignes en avance au crayon pour ne pas salir la planche par les appuis de ma main. Après tant de temps passé à la préparation, j’avais hâte de commencer, mais je ne me suis pas lancé sans me contraindre à faire quelques “gammes” d’entraînement, ne serait-ce que pour sentir la pointe et évaluer la température qu’il me faudra utiliser. Ce n’est pas la même sensation que sur du papier ! Si la pression sur le bois est trop importante, les fibres ont tendance à faire dévier le tracé et si on augmente la chaleur (ce qui permet d’alléger la main) le bord du trait jaunit rapidement dès que l’allure ralentit… Ca ne va pas être si simple !

Allez, je me lance, il va falloir s’appliquer. Première surprise, la réaction de la planche n’est pas la même que celle qui m’a servi pour les essais, elle “retient” davantage la plume, ce qui provoque un effet saccadé là où je m’attendais à glisser…


The lord is my sherperd

J’ai aussi choisi un réglage de température un peu trop élevé (7) comme on le voit sur la photo, car les bords du tracé sont jaunis par la chaleur. Je vais mettre du temps avant d’opter pour une baisse. Ma plume est légèrement trop grande par rapport à la taille des lettres, cela m’oblige à réduire l’amplitude des mouvements bien que je souhaitais obtenir un aspect plus massif davantage en accord avec l’épaisseur de ma planche.


Premier essai de calligraphie

C’est en forgeant qu’on devient forgeron, donc je continue dans la foulée en essayant de garder de la souplesse, je corrige l’inclinaison de la plume car j’obtiens un meilleur résultat en restant plus proche de la verticale (une inclinaison normale serait de l’ordre de 45° pour une calligraphie sur papier).



La première ligne est terminée, j’ai du mal à trouver le bon rythme, les lettres ne sont pas bien parallèles et cela manque un peu de rigueur… et de pratique surtout.
Je vais terminer le projet de toute façon, je reporte donc la suite du texte sur la planche.


I shall not want

J’ai baissé la température autour de 6 sur mon appareil et ce réglage me convient mieux. Cela m’oblige simplement à ralentir la vitesse d’exécution. Je conserve aussi un angle proche de la verticale avec lequel je suis un peu plus a mon aise.


He maketh me to lie

Malgré quelques accrochages, je travaille plus facilement, peut-être l’appréhension du départ s’estompe aussi maintenant que je suis bien avancé. Cela n’empêche que l’ensemble n’est pas très stable, avec des variantes assez marqués dans les hauteurs de certaines lettres.
Je vais sans doute tracer des lignes pour délimiter les hauteurs sur la suite du texte.


Les deux premiers versets du Psaume 23

La suite… bientôt, dès que je libère un peu de temps !

Reprise
Pour travailler de manière plus précise, je me suis donc tracé des lignes, la base du texte et la hauteur des lettres minuscules. Ceci va me faciliter grandement la tâche… il me semble mieux pouvoir ajuster visuellement l’alignement de mes tracés !

Avec cette méthode et la pratique, je m’habitue progressivement à la résistance du bois au glissement de la plume, je parviens même à trouver un peu de liberté en m’autorisant quelques courbes supplémentaires ou parfois plus amples que mon crayonné d’origine. On voit bien sur cette image que ma planche n’est pas parfaitement plane, même si la déformation est bien accentuée par l’objectif grand angle de l’appareil photo.



J’attaque maintenant les dernières lignes, celles qui laisseront la place pour l’illustration des deux moutons. On peut voir mon environnement de travail complet sur cette photo, je garde toujours sous le coude une vue de ma mise en place d’origine en référence.



La fin est toujours un peu tendue car j’ai toujours peur de faire une maladresse qui viendrait compromettre l’ensemble. La calligraphie réclame déjà une application et une attention soutenue, la chaleur et le bois sont encore des sources d’erreurs possibles en plus qu’il faut gérer. Je suis donc bien soulagé de finir, même si le texte porte de nombreuses petites imperfections, il ne comporte pas vraiment non plus de défauts majeurs.



Je suis bien plus dans mon élément avec le dessin des moutons, c’est une vraie détente, je choisis l’option de traits nets, sans ombrage, car je veux juste faire venir un peu de lumière avec un ajout de blanc acrylique dilué.
Je passe, comme toujours avant peinture une double couche de vernis de protection.


Voici le résultat final. Les nombreuses heures passées sur ce projet ne m’ont pas pesé, la retranscription de textes importants, composés il y a plus de 3000 ans, implique, pour moi, la responsabilité d’un travail soigné.
L’aspiration au calme, la relation spirituelle ainsi que le besoin de douceur de l’âme, la confiance, l’issue de la vie, ces sujets évoqués dans ces paroles trouvent un écho au fond de chaque être humain. Notre époque, malheureusement, ne favorise pas le développement de ces aspirations ; durant les moments consacré a cette écriture, j’aurai eu le sentiment d’échapper, pendant quelques heures au moins, à l’emprise de notre temps.



L'Éternel est mon berger : je ne manquerai de rien.    

Il me fait reposer dans de verts pâturages, Il me dirige près des eaux paisibles.

Il restaure mon âme, Il me conduit dans les sentiers de la justice, A cause de son nom.

Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ta houlette et ton bâton me rassurent.

Tu dresses devant moi une table, en face de mes adversaires ; tu oins d'huile ma tête, et ma coupe déborde.

Oui, le bonheur et la grâce m'accompagneront tous les jours de ma vie, et j'habiterai dans la maison de l'Éternel jusqu'à la fin de mes jours.


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